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Pfizer : la trique au nord, la mort au sud

publié en ligne : mai 2000 dans Action 67

Le 13 mars 2000, Treatment Action Campaign (TAC), une coalition de malades du sida sud-africains, demandait officiellement à Pfizer de réduire drastiquement le prix de son médicament, le fluconazole, ou de lui octroyer une licence volontaire afin d’en produire à moindre coût une version générique (voir Action n° 66).

Sous la pression internationale, le 3 avril, les laboratoires Pfizer annoncaient qu’ils fourniraient gratuitement du Triflucan à toutes les personnes malades du sida en Afrique du Sud qui ne peuvent se le payer et sont atteintes d’une méningite à cryptocoque. Cette réaction en témoigne : les compagnies pharmaceutiques ne peuvent impunément continuer d’ignorer que leurs politiques tarifaires tuent. En acceptant de donner leur produit, ils reconnaissent par la même leur responsabilité dans la mort des malades non traités. Cette annonce prouve également que les compagnies pharmaceutiques peuvent réduire considérablement leurs prix dans les pays pauvres. Elles peuvent même donner leur produit gratuitement sans perte de profit. En effet, Pfizer, de la même façon que toutes les compagnies pharmaceutiques détentrices de brevets, dégage de considérables marges bénéficiaires à partir du marché que constituent les pays riches (jusqu’à 95% du prix du médicament sur certains produits). En 1999, le laboratoire a d’ailleurs gagné plus de 1,2 milliard de dollars US grâce aux ventes de Triflucan .

Une donation ponctuelle n’est pas une solution globale et durable pour traiter les malades dans les pays pauvres. C’est simplement le meilleur moyen de subordonner l’accès à un traitement au bon vouloir d’une compagnie. Pfizer ne s’est d’ailleurs toujours pas prononcé clairement sur le nombre de personnes qui seraient traitées en Afrique du Sud, pour quelle durée et dans quelles conditions. Cette annonce était avant tout une façon pour la compagnie de gagner du temps, d’échapper à la pression internationale et d’éviter de poser les véritables problèmes.

Au Nicaragua, où il n’existe pas de fluconazole en générique, le seul traitement disponible vendu par Pfizer coute 16$ par gelule de 150 mg. 300 000 malades du sida dans ce pays n’ont pas accès au traitement, pourtant Pfizer n’a pas hésité à refuser de le fournir. L’Ouganda qui a adressé une demande à Pfizer n’a toujours pas reçu de réponse.

Les pays pauvres ont besoin de solutions plus durables et constructives que de la charité ponctuelle du secteur privé.

Ce que Pfizer nous a prouvé en annonçant cette donation, c’est d’abord son cynisme et son refus de perdre le monopole sur la vente et la distribution du fluconazole. Une fois de plus les profits passent avant la vie des malades.

Pfizer doit s’engager publiquement à permettre durablement l’accès au fluconazole pour les malades des pays pauvres. En Afrique du Sud, mais aussi dans tous les pays où cela est nécessaire, Pfizer doit réduire drastiquement ses prix et les adapter aux ressources des pays ou accepter que des versions génériques soient produites par les pays qui en ont besoin.

Le 10 mai 2000, Act Up-Paris a fermé l’usine de Pfizer en Touraine pour protester contre l’attitude du laboratoire.

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