Protocoles 39-40

Edito

publié en ligne : 1er décembre 2005 dans Protocoles 39-40

Le 15 septembre, le laboratoire GlaxoSmithKline a annoncé par communiqué l’arrêt de deux essais internationaux qui avaient pour objectif d’évaluer l’efficacité de son anti-CCR5, l’aplaviroc, sur des patientEs séropositifVEs n’ayant jamais pris de traitement antirétroviral, et ce en raison de plusieurs cas d’hépatotoxicité (élévation des transaminases et de la bilirubine). Les autres essais de ce produit pour des personnes ayant déjà eu des traitements ont également été arrêtés, apprenait-on un mois plus tard.

Le 28 octobre, Schering-Plough annonçait l’arrêt des essais de phase II de son anti-CCR5, le vicriviroc, portant sur des patientEs « naïfVEs » de tout traitement antirétroviral, et visant aussi à évaluer l’efficacité et la tolérance de cette nouvelle molécule anti-VIH. On observait, chez certainEs patientEs une reprise de la réplication du virus, alors qu’ils, elles, auraient dû, à ce stade du traitement, avoir une charge virale indétectable.

Pfizer, troisième laboratoire à mener des essais sur une nouvelle molécule de cette classe, poursuit l’ensemble des études de son anti-CCR5, le maraviroc, dans des pays moins regardants sur la sécurité des malades, passant outre les recommandations des associations françaises. Lors de la récente conférence européenne, le laboratoire a laissé filtrer des informations sur des problèmes de toxicité et sa communication aux associations ne transpirait pas l’entousiasme.

Ces trois molécules appartiennent à une nouvelle classe thérapeutique susceptible de bloquer l’entrée du VIH dans les cellules cibles en inhibant un récepteur cellulaire, le CCR5, utilisé par le virus pour entrer dans la cellule.
Pendant un an, Act Up-Paris a mené avec le TRT-5 (groupe interassociatif qui rassemble huit associations de lutte contre le sida) de dures négociations avec ces trois laboratoires. Nous avons tenté de les convaincre qu’il était inenvisageable de faire participer à ces expérimentations des personnes n’ayant jamais pris de traitement et dont l’immunité était trop faible. Pour nous comme pour les expertEs françaiSEs, ce dont ils, elles ont avant tout besoin, c’est d’une prise en charge thérapeutique attentionnée et très éprouvée. Or, il s’agit là non seulement d’une nouvelle classe thérapeutique mais la seule expérimentation de ces produits n’avait alors pas dépassé dix jours.
Saisi de la question, le Conseil national du sida nous a approuvé, reconnaissant qu’on ne pouvait proposer à des personnes aussi vulnérables d’expérimenter un médicament avec si peu de connaissances. Pourtant, l’unanimité ne s’est pas faite autour de cette question. Notre position a même été sévèrement critiquée, on nous a accusés de freiner la recherche, et les essais incriminés se sont montés ailleurs.
Ce faisant, ces 3 laboratoires mettent la vie de malades en danger : non seulement les personnes fortement immunodéprimées, naïves de traitement, incluses dans ces essais,courent un risque disproportionné par rapport à l’intérêt de la recherche, mais en plus, cette course effrénée entre laboratoires concurrents tend de plus en plus vers un fiasco monumental, le gâchis d’une piste thérapeutique nouvelle pour cause de précipitation imprudente.

Cette affaire démontre d’ores et déjà que la cupidité de l’industrie pharmaceutique la rend aveugle mais surtout qu’il n’y a de véritable recherche médicale que dans le strict respect de l’éthique.

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