Conférence internationale de Durban

publié en ligne : octobre 2000 dans Action 69

Notre présence à la Conférence de Durban était une présence sous contrainte. Il nous fallait tout à la fois déjouer la politique du " zéro tolérance " en matière d’action publique prônée par les organisateurs de la conférence, et répondre au coup par coup aux annonces médiatiques que n’allaient pas manquer de faire les laboratoires pharmaceutiques pendant les cinq jours de la conférence. Nous avons donc adopté une stratégie de contrebandiers.

treatment for all

Dès le dimanche, dans l’après-midi qui précédait l’ouverture, nous participons à une manifestation organisée par le groupe sud-africain TAC : une foule de plusieurs milliers de personnes défilait dans les rues de la ville en réclamant des traitements. Tous les participants portaient des T. Shirt violets " HIV + ". Le ton était donné.

WHO sold out to pharma

Mardi, ce fut la première action avec Act Up-Philadelphia. Elle avait pour cible l’OMS. En pleine session, nous faisions irruption à grand renfort de sifflets et de cornes de brume. La représentante a dû interrompre son discours et écouter Act Up exposer comment les intérêts des empires pharmaceutiques dictaient leur politique aux institutions internationales.

Fight pharma industry

Mercredi, après deux journées de calme dans le hall commun aux stands des ONG et des laboratoires, nous passions à l’action. La sécurité nous interdisant de faire un zap violent, nous avons choisi de pousser le principe de non-violence à son terme en occupant de façon absolument pacifique les stands des laboratoires.

Boehringer Ingelheim fut le premier stand à céder. Bientôt recouvert d’affiches d’Act Up et d’immenses banderoles noires, il ressemblait à un immense bateau pirate. Le personnel du laboratoire était médusé de nous voir vendre nos T. Shirts, distribuer nos tracts d’information, et travailler avec nos ordinateurs sur leur propre stand. L’effet de terreur semblait d’autant plus grand que nous restions calmes, silencieux et absorbés par notre tâche. La stratégie s’est révélée payante au sein de la conférence : quel meilleur endroit choisir pour contrecarrer l’annonce du don de névirapine que venait de faire Boehringer, par nos propres communiqués de presse, que le stand même du laboratoire ?

Nous pouvions y diffuser l’information que nous détenions sur le prix des médicaments, y dévoiler la stratégie du laboratoire, et surtout nous étions cent fois plus visibles et susceptibles d’être entendus sur ces immenses stands plutôt que dans les deux mètres carrés qui nous avaient été alloués dans l’espace des ONG. De fait, et ce fut le cas à chaque occupation, tout le monde se pressait autour du stand.

L’après-midi, ce fut au tour de Merck d’être occupé. A peine étions-nous arrivés que l’ensemble du personnel avait plié bagage et nous laissait seuls maîtres à bord.

Jeudi, le stand d’Abbott fut à son tour pris à l’abordage.

Enfin, jeudi après-midi, le stand de BMS était entièrement investi. Cette série d’occupations se concluait par une grande conférence de presse organisée sur ce dernier stand. Les laboratoires n’ont pas gagné cette fois la guerre des coups médiatiques : avec leurs propres instruments, et sur leur propre terrain, nous avons imposé les questions que nous voulions voir aborder.



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