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Prohiber nuit gravement à la santé

publié en ligne : 25 octobre 2002 dans Action 83

Suite à la condamnation d’un séropositif sous multithérapie pour détention de stupéfiants par le tribunal correctionnel de Marseille, nous avons été contacté par Patrick L, qui lui fume du cannabis pour atténuer les douleurs causées par les effets des traitements. Il souhaite aujourd’hui pouvoir consommer ce produit sans courir le risque de se voir condamner.

Il n’existe qu’une poignée d’études sur les bienfaits thérapeutiques du cannabis. Toutefois, la Nabilone®, une version synthétique de la substance active du cannabis est, elle, connue pour ses effets anti-vomitifs. Elle est administrée dans plusieurs pays européens, à l’image de l’Angleterre qui l’utilise comme anti-douleur depuis une quinzaine d’années. En France, la Nabilone a obtenu une ATU nominative début août 1998 à destination d’un nombre restreint de patients sous chimiothérapie. Les malades français qui veulent se servir du cannabis pour diminuer leurs douleurs sont contraints de le faire dans la clandestinité, en courant le risque, comme c’est arrivé récemment de se voir condamner par la justice pour détention de stupéfiants.

Depuis 1993, Patrick L. souffre du syndrome de la queue de cheval, une atteinte neurologique. Séropositif depuis 1980, il vit aujourd’hui sous multithérapie. Les effets indésirables des traitements, il connaît. Pour « gérer », comme il dit, Patrick prend entre 900 et 950 mg de morphine par semaine, mais pour atténuer encore la douleur, il prend du cannabis. Sur lui, le shit a plusieurs effets : il atténue la douleur causée par ses neuropathies, il compense les effets constipants de la morphine, il permet de retrouver de l’appétit et enfin - et on retrouve là l’effet connu de la Nabilone, il diminue la fréquence des vomissements. Bref, grâce au cannabis, Patrick retrouve une certaine qualité de vie. Il sait qu’il n’est pas le seul à fumer, dans les couloirs des hôpitaux, de nombreux médecins avouent à demi-mot que leurs patients ont également recours à ce moyen.

On se dit alors qu’il serait grand temps d’en finir avec l’hypocrisie entourant la prohibition du cannabis, dont l’un des effets de la prohibition reste la difficulté de trouver du shit de bonne qualité. Consommer un produit sûr est essentiel quand le corps hypersensibilisé par les traitements ou la maladie, réagit à tout et de façon imprévisible. Il est insupportable que des malades soient obligés de se mettre en situation d’illégalité pour pouvoir simplement aller mieux. La décision du tribunal correctionnel de Marseille le 15 septembre dernier, qui a condamné un malade pour détention de stupéfiants est encore plus scandaleuse. Elle nie froidement le droit à un malade de vivre mieux. Pour la justice française, mieux vaut souffrir que fumer un joint de temps en temps.

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